En marge du Symposium sur l’Eau et Assainissement tenu à Kigali du 17 au 21 Août 2026, le Chef de l’Unité Infrastructure et Transport à l’agence de développement de l’Union africaine NEPAD, communément appelée AUDA NEPAD, Ibrah Wahabou (I.W), a indiqué que l’AUDA NEPAD recherche des financements pour 80 projets présentés des Etats africains dans le secteur de l’eau, lors du Sommet au Cap en Afrique du Sud sur le financement de l’eau en 2025. Wahabou s’est entretenu avec André Gakwaya de l’Agence Rwandaise d’Information (ARI-RNA), et lui a confirmé que le Symposium de Kigali a atteint ses objectifs de mobilisation des acteurs et des fournisseurs du capital, tous impliqués dans le secteur de l’Eau et Assainissement. Lire ses propos :
I.W – Je voudrais d’abord commencer par remercier le Gouvernement rwandais pour l’accueil, l’hospitalité et la parfaite organisation pour ce Symposium, comme d’habitude. Nous sommes à la dernière journée de la conférence. Il y a eu beaucoup de discussions et les objectifs peuvent être évalués à deux niveaux. D’abord, la mobilisation. Comme vous avez aussi constaté, la mobilisation au niveau ministériel, au niveau des dirigeants du secteur privé et ceux qui fournissent le capital, c’est-à-dire les banques de développement, les fonds d’investissement sont présents. Donc la mobilisation a été vraiment à la hauteur de nos espérances. Le deuxième niveau, c’est au niveau de la qualité des échanges et des conclusions auxquelles nous sommes parvenus.
À ce niveau aussi, je peux noter avec satisfaction l’intérêt suscité notamment par le rapport intérimaire présenté par l’Agence de développement de l’Union africaine sur les tableaux de bord des investissements dans le secteur de l’eau et de l’assainissement en Afrique, l’AIP Waterscorecard. Nous avons reçu des retours positifs sur l’importance d’un tel instrument qui montre de manière chiffrée le progrès de l’Afrique vers l’atteinte des objectifs de développement durable dans le secteur de l’eau et de l’assainissement et qui montre aussi le niveau d’engagement en matière d’investissement par nos Etats membres pour atteindre ces objectifs. Et plus important, qui met en relief aussi les goulots d’étranglement et les réformes et les interventions nécessaires qui sont requises pour booster et accélérer la marche de l’Afrique vers l’atteinte des objectifs de développement durable dans le secteur de l’eau et de l’assainissement.
ARI – Le NEPAD et l’Unité des Infrastructures travaillent avec le Rwanda au niveau de l’eau et de l’assainissement? Et quel est votre appui que vous accordez au secteur rwandais de l’eau et de l’assainissement?
I.W – A l’agence de développement de l’Union africaine NEPAD, notre mandat est de traduire les orientations politiques de l’Union africaine, de la conférence des Chefs d’Etat de l’Union africaine en des programmes et projets de développement pour les Etats membres. Une fois que nous traduisons cela, nous travaillons avec les Etats, les partenaires pour mobiliser l’expertise et les ressources nécessaires pour accompagner les Etats à mettre en œuvre ces programmes. Et dans la mise en œuvre de ces programmes et projets, il y a des leçons qui sont apprises. Et nous utilisons ces leçons apprises pour informer les nouvelles orientations politiques et les nouvelles décisions au niveau de l’Union africaine.
Dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, l’une de nos grandes contributions, je dirais, en tant que l’agence de développement, c’est la formulation des visions et des cadres continentaux pour le secteur de l’eau. Vous avez sans doute entendu parler de la Vision africaine, de la vision de la politique africaine de l’eau à l’horizon 2063, qui vient d’être adoptée lors du dernier Sommet ordinaire de l’Union africaine, qui articule de façon précise la marche de l’Afrique à l’horizon 2063 dans le secteur de l’eau. Et naturellement, le Rwanda fait partie de l’Union et donc en fait partie comme bénéficiaire de ce cadre politique.
Le deuxième programme, c’est le cadre du programme pour le développement des infrastructures en Afrique, PIDA. Dans PIDA, nous avons un volet spécifique qui concerne les infrastructures en eau. Dans ce volet spécifique, nous avons un programme continental, à savoir AIP, le programme africain d’investissement dans le secteur de l’eau, qui articule et qui accompagne les États à mettre en place des plans nationaux d’investissement dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Et naturellement, tous les pays sont à la bienvenue. La particularité des interventions du NEPAD, c’est que nous sommes ancrés à la volonté et l’adhésion des États membres. Comme vous le savez, dans l’industrie du développement, historiquement, il y a eu des cas, je dirais, des modèles préconçus qui sont proposés à nos États. L’agence de développement de l’Union africaine est africaine dans sa conception, est africaine dans son opération et elle est africaine aussi dans sa relation avec les États africains, dans le sens où ce n’est que vers les États que nous faisons et ce n’est que dans la logique de cette volonté de nos gouvernements que nous opérons. Donc cela fait vraiment notre particularité. Et tout récemment, dans le cadre de notre mandat d’agence de partenariat pour le développement aussi pour l’Afrique, nous avons conçu un programme pour accélérer l’accès à l’eau et à l’assainissement en Afrique australe et en Afrique de l’Est.
Pour le moment, le programme est mis en œuvre en collaboration avec le groupe de la Banque mondiale et nous couvrons douze pays dans la sous-région Est et Austral de l’Afrique. Nous comptons naturellement étendre ce programme à d’autres pays qui le souhaiteraient dans la mesure du possible et de la disponibilité de nos ressources et de nos compétences.
ARI – Quoi de particulier les Africains peuvent attendre de la prochaine conférence d’Abou Dhabi sur l’eau et l’assainissement organisée par le Sénégal et les Emirats Arabes Unis ?
I.W – L’agence de développement de l’Union africaine a maintenu de façon continuelle et soutenue un plaidoyer pour une position africaine commune sur toutes les questions de coopération internationale pour le développement. Cela émane de l’idée panafricaine de notre agence, à savoir positionner l’Afrique comme une voie unique et une voie qui pèse dans l’arène internationale. Pour la conférence des Nations unies sur l’eau qui aura lieu à Abou Dhabi, comme vous le savez, le Sénégal en tant que pays africain co-préside cette conférence avec les Emirats Arabes Unis. Naturellement, l’agence de développement de l’Union africaine travaille avec le Sénégal, avec le conseil des ministres africains en charge de l’eau, sous l’égide de la commission de l’Union africaine, pour porter le message africain à cette conférence. Le message africain à cette conférence est simple, clair et logique. Nous reconnaissons l’effort à faire pour atteindre les objectifs de développement dans le secteur de l’eau. Nos États sont en train de mettre les politiques nécessaires et les réformes nécessaires, ainsi que les investissements requis, pour atteindre ces objectifs. Notre contribution est claire, nos gouvernements sont fortement engagés vers l’atteinte de ces objectifs. La volonté politique est là.
Deuxièmement, l’Afrique a des paniers de projets. Je viens de parler du programme africain d’investissement dans le secteur de l’eau, je viens de parler des tableaux de bord qui suivent l’évolution de nos engagements pour atteindre ces objectifs en matière financière. Nous avons ces paniers de projets. Ce que nous demandons, c’est une réorientation stratégique des partenariats dans le secteur de l’eau qui puisse être orientée vers le financement des projets. Je n’ai pas à refaire le discours sur le fait que l’Afrique n’attend pas que de l’aide, ce que les anglophones appellent les handouts. Nous portons des projets qui peuvent être financés. Nous appelons la communauté des investisseurs, ceux qui financent le développement, à venir travailler main dans la main avec nos États pour qu’ils puissent explorer ces opportunités. Qu’ils explorent ces opportunités et qu’on s’accorde sur les modalités de refinancement dans un partenariat gagnant avec comme principe de base le leadership africain et puis le respect des besoins et des orientations stratégiques des États africains.
En 2025, nous avons eu un Sommet au Cap en Afrique du Sud sur le financement de l’eau. Lors de ce Sommet, dans le cadre de ce programme AIP, le programme d’investissement dans le secteur de l’eau, 80 projets d’investissement dans le secteur de l’eau ont été présentés par nos États. Ce que nous sommes en train de faire en tant qu’agence de développement, c’est d’accompagner ces projets et de les relier à des sources de financement adéquates. Cette même logique sera maintenue naturellement lors de cette conférence des Nations Unies. A l’échelle continentale, mais aussi à l’échelle mondiale. Comme vous le savez, la question de l’eau est intimement liée à la question de la durabilité climatique, à la question de la pollution. Et ces questions-là sont transfrontalières.
L’Afrique maintient toujours son langage dans le sens que nous polluons moins que quiconque. Mais malheureusement, nous sommes inquiets des coûts liés à l’activité humaine et industrielle plus que quiconque. Donc, le plus tôt que nous nous engageons avec nos partenaires globaux pour avoir une conversation franche sur ces coûts-là, parce qu’il y a un manque à gagner sur ces coûts-là, le mieux serait. Donc, je pense que ça aussi serait une conversation naturellement au plus haut niveau qui devrait avoir lieu tout au long de l’année et aussi à cette conférence-là. Je voudrais aussi mentionner, comme vous le savez, toutes ces discussions, les symposiums de l’eau. En février, il y a eu les forums ministériels sur l’eau et l’assainissement à Addis-Abeba, conduits et conviés par l’Agence de développement de l’Union africaine. L’Union africaine s’inscrit dans le thème de l’Union africaine pour cette année 2026 qui est autour de l’eau et l’assainissement. Donc, vous allez entendre régulièrement jusqu’en Décembre, beaucoup de conversations sur le continent sur cette question de l’eau et de l’assainissement. Merci. (Fin)